HAMOU BOUAKKAZ, le sens des autres
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Collectif le sens des autres
 
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TRIBUNES D'HAMOU BOUAKKAZ
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Peu avant les commémorations du 11 septembre, Alex, génie parmi les perroquets, nous a quittés. Il travaillait douze heures par jour depuis trente ans dans un laboratoire du Massachusetts. Ses heures supplémentaires sont donc perdues. De toute façon, il n'avait pas assez de trimestres pour avoir droit à une retraite, régime spécial ou pas. Et n'était pas assez vieux pour pouvoir être élu sénateur.

Non, Alex ne faisait pas du psittacisme. Il ne se contentait pas de répéter ce qu'on lui avait dit. On comprend pourquoi Sarkozy n'aurait pas pu le nommer ministre. Il avait un vocabulaire étendu de plusieurs dizaines de mots, savait compter, construire des phrases correctes. Il savait dire son raz-le-bol des interrogatoires scientifiques trop poussés : il refusait de gagner plus. On ignore si les scientifiques ont utilisé la méthode globale ou semi-globale pour lui apprendre l'art de la communication zoologique. Il paraît qu'il corrigeait ses collègues perroquets maîtrisant mal la langue du pays. Ségolène Royal étant partie en voyage d'études au Québec, Xavier Darcos devrait se rendre au Massachusetts, pays des perroquets debout.

Dernière information indispensable : les tests ADN qu'il a subis lors de sa demande de visa montrent, outre une couleur de plumage grise, une totale absence de parenté avec un célèbre corbeau luxembourgeois (lui aussi expert ès calcul). Et ce n'est pas lui qui a volé le scooter du fils de Sarkozy. Les services de Rachida Dati sont rassurés : ils n'auront pas à mettre en place une cour aviaire anti-terroriste spéciale.

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Libération mardi 26 juin 2007
Ministre à saisir, spécial quotas
Député socialiste suppléant en solde cherche secrétariat d’Etat. Monsieur le Premier ministre, permettez-moi de vous adresser ma candidature à un poste dans votre gouvernement. Je sais que je me réveille un peu tard (les gens de gauche ne se lèvent jamais tôt à cause des 35 heures), mais à ma décharge les fiches de postes n’étaient pas très explicites et ma modestie ne me permettait pas d’envisager un tel destin.
A présent, mes yeux se sont ouverts, et il s’avère que j’ai toutes les qualités requises. D’origine maghrébine, je suis en outre aveugle et député suppléant socialiste. Songez, Monsieur le Premier ministre, à la magnifique affaire que vous feriez en me confiant un portefeuille ! Trois quotas pour une seule personne : quelle prise ! Certes, je ne suis pas une femme, pour que l’extase soit absolue, mais, avec tous ces médecins à la Douma, tout devient possible pour qui est prêt à tout ! Je ne souhaite pas une responsabilité trop utile, je me suis trop habitué aux douceurs de Malte pour travailler plus que les double 35 heures.
Quelque chose de symbolique m’irait parfaitement : ministère de la Ville-issement, ministère de la Défense des privilégiés, ou secrétaire d’Etat aux Finances détaché à Lourdes pour vous aider à boucler le budget de la rupture. Vos communicants vous objecteront que je ne suis pas très connu des médias. Qu’à cela ne tienne ! J’ai mon idée, un truc à passer en boucle pendant au moins une journée sur TF1 : je lance l’association Ni futes ni chemises. J’invite tous ceux qui se trouvent à Paris le 14 juillet à se rassembler en maillot de bain à Fouquet’s plage pour protester contre le gauchisme bleu et les violences faites à l’âme par un gouvernement qui pense que tout s’achète et tout se vend.
Si mon dossier est trop lourd, veuillez le transmettre au premier étage de l’Elysée grâce au nouveau monte-charge pour opportunistes (plus utile que l’antique ascenseur social).



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Royal défaite par l'individualisme (mai 2007)

 

L'échec en politique donne le plus souvent lieu aux exhortations : resserrons les rangs", "remettons-nous en ordre de bataille", "nous gagnerons la prochaine fois".

J'y cède volontiers, certain que l'avenir de la France est à gauche. Cependant, comme militant engagé dans cette campagne, je propose un décryptage de notre défaite.

 

Une première explication de l'échec de Ségolène Royal, assez évidente, est liée à la structure démographique de la France. Dominique Reynier montre par exemple combien la population française vieillissante, recherche avant tout la sécurité et la continuité par rapport à ce qui existe déjà, d'où le développement d'une certaine "culture conservatrice". Ségolène Royal a bien intégré cette évolution notamment sur les questions de sécurité. Or, ce positionnement a nécessairement affecté le versant progressiste de son électorat. Un candidat de gauche, pour gagner, doit faire le grand écart entre les fractures de plus en plus profondes de la société. On a reproché à S. Royal d'avoir un programme flou comme s'il s'agissait d'une faiblesse personnelle, mais R. Prodi pour gagner avait lui aussi dû se contenter de quelques mots d'ordre généraux, étant donné la nature hétéroclite de sa coalition. Le PS structuré autour de convictions partagées plutôt qu'autour d'un chef commun, est malmené par ces évolutions.

 

Une deuxième explication, idéologique celle-ci, est moins immédiate, mais plus lourde de conséquences. La gauche a toujours insisté sur l'aspect global du corps social. Elle s'appuyait jusque-là sur le bien commun, non sur le droit au bien individuel. Ses dirigeants n'étaient que des porte-parole, librement interchangeables d'où la préférence de la gauche pour le scrutin de liste et sa conversion tardive à l'élection du Président de la République au suffrage universel. C'est ce qui explique que S. Royal ait, tout au long de sa campagne, parlé de "la France" en tant que entité indivisible. Or, cette entité devenue abstraite ne peut plus servir de fondement à un programme politique. La société, résolument individualiste, ne croit plus que "la France" soit la source et la finalité de toute action politique. La menace n'est plus d'Etat à Etat (l'Allemagne ne menace plus la France) ; au contraire, le monde entier recèle des opportunités personnelles pour celui qui s'y engage.

 

Le discours de droite de N. Sarkozy, individualiste ("si vous travaillez plus, si vous faites ceci ou cela, alors vous aurez la richesse, le bonheur") est donc naturellement plus porteur. L'extrême-droite elle-même, en théorie nationaliste, a parfaitement intégré ces données, en prônant un libéralisme absolu dans la plupart des domaines ne faisant appel à la France que lorsqu'il est question de se démarquer affectivement des autres. Enfin, la campagne 2007, en ignorant presque totalement les questions internationales, a elle-même contribué à saper les fondements de la stratégie socialiste, puisque le référentiel "la France" y a perdu tout trait distinctif.

 

Tous ces éléments nouveaux font peser sur un candidat socialiste à la présidence deux contraintes redoutables : il doit incarner la France, et il doit avoir un art peu commun de la synthèse. De nos jours, où la survie ne dépend plus de la figure de tel ou tel chef de guerre, et où les citoyens ne se voient plus comme faisant partie d'un super-organisme dénommé "France", incarner le pays est devenu extrêmement problématique. Certains gaullistes murmurent encore la formule de "la rencontre d'un homme avec le peuple", mais comme rappel d'un âge d'or disparu. S. Royal s'est donné beaucoup de mal pour prouver qu'elle incarne parfaitement la France. Elle a exploré toutes les facettes de cette question. Oui, elle mène une vie de famille parfaitement ordinaire. Oui, elle est proche du "sol de France" et des gens en étant présidente de région. Oui, elle est une femme, comme la majorité trop silencieuse jusqu'ici. Oui, elle vient d'une famille très moyenne. Non, elle n'est pas prisonnière d'une idéologie, elle a de l'ambition, comme tout le monde. Sa campagne a repris le slogan gaulliste, a dépassé le PS au profit d'un "dialogue direct" avec le peuple, et a culminé dans le moteur "la France présidente", qui efface toute distinction pour évoquer l'incarnation suprême. Or, malgré tout cela, l'incarnation, ce point-clef d'une campagne de gauche, n'a pas réussi.

En face, Nicolas Sarkozy ne l'a même pas recherchée, n'en ayant pas besoin : il s'est assumé comme un homme ambitieux avec de multiples défauts, n'a pas rougi de ne pas être "du terroir", n'a pas réellement voulu paraître moins technocratique, ni plus proche du Français moyen. Au contraire. Il a bénéficié d'un "effet Berlusconi": beaucoup de gens se reconnaissent davantage dans une personne qui a réussi, résolument individualiste, qui fait fi de ses multiples défauts, plutôt que dans quelqu'un qui est comme eux, et donc partage leur triste sort.

 

La seconde contrainte pesant sur tout candidat socialiste est la nécessité de faire une synthèse entre toutes les attentes de son électorat de plus en plus hétéroclite. Contrairement à notre candidate, le candidat de l'UMP n'a pas, par définition, à proposer de solution à tous les problèmes. N. Sarkozy n'a dû qu'insister sur des généralités : la valeur travail, le dynamisme, la responsabilité. Là où S. Royal renvoyait toujours à la négociation sociale, N. Sarkozy renvoyait, de manière plus discrète et très habile, à l'individu lui-même, à sa décision en tout.

 

L'impossibilité pour S. Royal d'exposer un programme a eu une conséquence fatale. L'électeur n'a jamais compris ce qui se passait "dans la tête" de la candidate, et donc n'a pas pu s'identifier à elle. N. Sarkozy, quant à lui, a été facile à appréhender. Malgré tous ses défauts, il a paru moins menaçant que la candidate mystérieuse. De là l'échec de nos tentatives de dire "qui est Sarkozy vraiment" qui n'ont finalement servi qu'à le victimiser.

 

Faut-il alors renoncer ? Nullement.

Il nous faut après les élections législatives rénover profondément notre parti, y injecter massivement les singuliers qui nous permettrons de nous identifier à la diversité de notre électorat.

 



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La larme à l'oeil ou la singularité au coeur

Lors du duel télévisé pour la Présidentielle 2007, le temps fort du débat a été le choc sur la question du handicap en général, et la scolarisation des enfants handicapés en particulier. Les médias s'attendaient à un discours classique sur des questions classiques, et voilà qu'un tel sujet émerge...

Bravo à Monsieur Sarkozy qui, en animal politique, a su discerner la maturité de la société française à l'inclusion des personnes handicapées.

Bravo à Madame Royal qui, en progressiste, a su démasquer le calcul derrière une comédie humaniste.

Dans une société où l'individu prime, où la peur de l'autre est constamment attisée par une stratégie de la tension, il n'est pas excessif de dire que la posture que chacun adopte sur la question du handicap révèle son degré de civilisation.

A cet égard, le choix de dimanche apparaît sous un autre jour avec, d'un côté, une France maîtrisée, ordonnée en segments tour à tour choyés ou opposés, de l'autre une France où chacun compte pour un et dialogue sans préjugé avec l' alter qu'est son voisin.

Il fallut les émeutes de la fin 2005, pour que le gouvernement sortant envisage, sans nécessairement le faire, de rétablir les crédits de la Politique de la Ville supprimés en 2002. Par une analogie non dénuée d'intérêts, il a fallu la loi du 11 février 2005 pour l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées, pour que le gouvernement sortant envisage sans nécessairement le faire, de rétablir les crédits dévolus à la scolarisation des enfants handicapés supprimés en 2002.

Mais l'analogie s'arrête là.

Car les jeunes des quartiers, dans la douleur ou grâce au talent d'hommes politiques visionnaires finiront par trouver leur place dans une France pour toujours métissée.

Faute de pouvoir imposer un autre rapport de force aux décideurs, les personnes handicapées seront, quant à elles, toujours la troisième personne. Une espèce bizarroïde envers laquelle il faut se monter sympathique pour arracher quelques voix. Elles bénéficieront toujours d'un traitement compassionnel.

A moins que le Président élu dimanche prochain n'incarne une vision du handicap différente, une vision qui ne fera ni rire ni pleurer et qui donnera toute sa place à la personne handicapée y compris dans la vie politique comme adulte responsable qui peut lui aussi enfin dire « je ». Une vision Sartrienne n'en déplaise aux pourfendeurs de 1968 qui fera de la personne handicapée un homme qui vaut tous les hommes et que vaut n'importe qui.

Hamou BOUAKKAZ, Président du Collectif le Sens des Autres
Suppléant de Danièle Hoffman-Rispal, Députée de la 6ème circonscription de Paris pour les législatives 2007


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La tribune est parue le 9/02/07 dans Libération
>> pour lire l'article (en JPG)

Lettre d'un porteur de handicap à un porteur de préjugés

Monsieur le ministre d'État, ministre de l'Intérieur et de l'Aménagement du territoire, Monsieur le président de l'UMP, Monsieur le président du Conseil Général des Hauts-de-Seine, Monsieur le candidat à l'élection présidentielle,

Permettez-moi tout d'abord de vous faire un aveu. Je ne rate jamais aucune de vos prestations télévisuelles. En effet, il serait impensable qu'un grand amateur de théâtre rate le Sarkozy-show. Rien de moins que le spectacle gratuit le plus prisé du moment sur la place de Paris.

Je vous ai écouté, ce lundi sur TF1, confortablement installé dos à l'écran de télévision. Vous me direz : mais pourquoi dos à l'écran ? Parce qu'au Sarkozy-show il n'y a rien à voir, tout à entendre ! Tout et rien! Le tout fait de rien! Je vous écoutais donc, bête de scène à son affaire, avec des questions toutes plus aimables les unes que les autres, lorsque mon attention a été attirée par la minute réglementaire que vous avez bien voulu consacrer au segment de marché des personnes handicapées. Politiquement correct exige.

Tout a fort bien commencé par un petit couplet sur la nécessité de scolariser les enfants handicapés comme dans les pays scandinaves. Bien entendu aucune information sur les moyens pour y parvenir. De toute façon, les personnes handicapées sauront patienter. Elles sont par nature très patientes. Vous enchaînez sur un très bel éloge des différences, suivi d'une conclusion quasi-lyrique sur la nécessité d'avoir des enfants handicapés pour montrer aux enfants ordinaires la chance qu'ils ont. Au fond pour vous, l'enfant handicapé n'est qu'un paria. Un intouchable qui empêche les autres de pleurnicher, sur le mode : "ouf, heureusement que je ne suis pas comme celui-là". Mais que croiront les enfants handicapés qui regardent votre show ? Qu'ils sont des faire-valoir pour que les enfants valides apprécient mieux le bonheur d'être dans la norme ? qu'ils sont des sous-hommes réduits à leur handicap, tolérés aux marges de la société ? Que l'égalité des chances n'est que pour certains ? Qu'ils sont les loosers à vie ? les maudits ? En une phrase, vous vous montrez tel que vous êtes, un différencialiste qui ne croit pas à l'égalité entre les hommes pourtant inscrite sur le fronton de nos mairies ! Dos à mon écran, je vous affirme que pour moi, l'aveugle si malchanceux, ma cécité a été une sacrée chance ce soir-là ! Et que dans votre monde du factice, de l'artifice et de la com', trimbaler ma canne blanche dans Paris me permet de créer infiniment plus de lien humain que toutes vos menottes réunies !

Je ne crois pas en cette "chance" dont vous parlez, Monsieur Sarkozy ! Je crois que nous avons les mêmes chances dans la vie. Que c'est notre façon de voir la vie qui lui donne un sens. Encore faut-il la regarder. Avec ma cécité, je suis une invitation à la vie, un acteur du changement que nous attendons tous. Une vigie dans ce monde saturé de longs discours. Sans préjugé, je lutte contre la dictature de la norme dont vous êtes le produit le plus abouti. Souhaitant ardemment que 2007 vous offre un repos bien mérité pour réfléchir enfin sur l'universel, je vous prie de croire, Monsieur, à l'expression de mes sentiments libertaires, fraternels et égalitaires...


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Des Elus pour faire respirer la Démocratie


La tribune est sortie sur L'Humanité le 24 Janvier 2007

La tribune d'Hamou Bouakkaz : des Elus pour faire respirer la Démocratie (format JPG) >> cliquer ici

Par Hamou Bouakkaz, Conseiller du Maire de Paris en charge des personnes handicapées

5678 signes

La France compte environ 500.000 élus dont une proportion infime sont handicapés. On déplore que la participation électorale baisse inexorablement. Tous les analystes s’accordent pour dire que l’origine des élus n’est pas assez représentative des réalités humaines et sociologiques de notre société.

Pour enrayer la lente érosion de notre cohésion nationale, réagissons en élargissant le spectre des invités à la table de l’universalisme français. Sans négliger les critères de compétences, de fidélité et de valeur, la nécessité d'un effort volontariste d'ouverture à toutes les singularités s'impose. Par expérience, 150 ans de combat féministe nous ont appris que la traduction légale des luttes pour l’évolution des droits civiques ne peut venir que d’en haut. En effet, les personnes handicapées qu'il s'agit d'inclure aux processus de décisions sont les moins à même d'exercer des pressions sur le système. La volonté politique de les associer doit être impulsée par les dirigeants et être impérative.

D’où mon invitation au parti socialiste d’abord et, à l’ensemble des partis politiques ensuite, de prendre des mesures pour imposer cette représentation.

Les personnes handicapées représentent 10% de la population française, soit 5,5 millions de personnes. Leur traitement est passé du caritatif au compassionnel, puis à une approche médico-sociale, comme des malades en transition, entre la guérison et la mort. Il est grand temps d’évacuer les préjugés et de faire changer le regard de chacun.

Depuis le 11 février 2005*, la puissance publique prétend les considérer comme des citoyens à part entière disposant des mêmes droits et des mêmes devoirs.

L’individualisme et la dictature de la norme épuisent le vivre ensemble et la démocratie. Les personnes handicapées sont parmi les plus aptes à recréer du lien social, par la vie qu’elles mènent, les difficultés auxquelles elles sont confrontées et la nécessité qu’elles ont de s’appuyer sur la solidarité d’autrui quotidiennement. Mais, allant au-delà de l’idée d’intégration, dans un mouvement de déségrégation et d’inclusion, encore faut-il que le pays reconnaisse légalement leur place effective.

Et la question ne saurait se résoudre sans leur présence visible et banalisée dans les instances de fonctionnement et de représentation démocratiques. Aujourd’hui, pas un seul député n’est handicapé, ni un seul sénateur, ni un maire de grande ville et trop peu d'élus locaux. En Angleterre, Gordon Brown, chancelier de l’Echiquier, est malvoyant. En Allemagne, Wolfgang Schäuble, en fauteuil roulant, est actuellement ministre de l'intérieur. Même en Turquie, pays pourtant très souvent considéré comme en retard sur le plan démocratique, le Parlement d’Istanbul compte un député aveugle.

Compte tenu du caractère jacobin de notre pays, chaque parti politique doit faire preuve d’audace : proposer une réforme qui impose une proportion significative de personnes handicapées sur les listes électorales en position éligible, sous peine d'amendes substantielles. Un pourcentage comparable à celui qui existe en matière d’emploi suite à la loi de 1987, renforcée par celle de 2005. L’Etat donnera ainsi l’impulsion pour amener les mentalités à évoluer en profondeur.

Réduire la question de l’accessibilité au seul fait de permettre à un fauteuil roulant de rentrer dans l’Assemblée nationale et confiner l’enjeu aux simples portes des monuments emblématiques de la démocratie semble un peu court. D’autant que même à ce niveau, d’importants efforts restent encore à faire.

On se souvient qu’au moment de la discussion au Parlement de la loi de février 2005, les personnes handicapées n’ont pas pu assister aux débats dans les tribunes du public. Une salle à part dans l’Assemblée nationale avait dû être aménagée pour leur permettre de suivre les discussions.

Quel symbole ! Afficher d’un côté la volonté de rendre accessibles les monuments dans les 10 ans et, de l'autre, ne pas créer les conditions d'accès aux fonctions électives. La barrière mentale est bien plus difficile à franchir que la barrière architecturale. Or, si l’on veut voir tomber la seconde, il faut d’abord briser la première. La présence physique et incontournable de personnes handicapées dans l’hémicycle permettrait de garantir que toutes politiques publiques les prennent en compte.

J’ai soumis aux dirigeants du PS une proposition de réforme des statuts du parti comparable à celle qui avait été entérinée en matière de parité. J’espère que cette idée fera tache d’huile dans les autres partis politiques.

Alors qu’aujourd’hui, rares sont les sujets qui font l’unanimité, la France pourrait se ressouder autour d’une réforme constitutionnelle qui sanctifierait cette avancée démocratique.

Une telle disposition pourrait en outre compter parmi les idées de relance de l’Europe. La France reprendrait l’initiative au plan des droits sociaux.

Jusqu’à présent au niveau européen, l’hexagone accusait un certain retard. La loi du 11 février 2005, a été largement inspirée de directives européennes prises depuis très longtemps contre la discrimination des personnes handicapées. Le droit dans le Nord de l’Europe, en Espagne ou en Italie a toujours été bien plus avancé que le droit français. Le texte adopté en février pourrait être une loi de rattrapage sous réserve de son application. En revanche, en prenant cette décision constitutionnelle et en se donnant les moyens de la faire appliquer, la France enverrait un signe fort à l’Europe pour que comme l’instaurait la déclaration des droits de 1789, les hommes qui naissent libres et égaux en droits puissent le demeurer.

* Loi pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées.

L'Humanité du 24 Janvier 2007
La tribune d'Hamou Bouakkaz : des Elus pour faire respirer la Démocratie (format JPG) >> cliquer ici

La tribune est également lisible sur le site Internet YANOUS.COM pour la lire >> cliquer ici



Tribune du 16/09/07
Libération mardi 26 juin 2007
Ministre à saisir, spécial quotas
Royal défaite par l'individualisme
La larme à l'oeil ou la singularité au coeur
Lettre d'un porteur de handicap à un porteur de préjugés / Tribune parue dans Libération le 09/02/07
Des Elus pour faire respirer la Démocratie /Tribune parue dans L'Humanité le 24/01/07
 
 

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